Edison, Olta, Aldin et Namila – des nouvelles de la famille expulsée vers Pristina jeudi dernier

Par Manuela Frésil – réalisateur de documentaires.

Deux ans et demi

Je sais très peu de choses de l’histoire de la famille d’Olta. Je ne sais rien de leur raison d’être venue en France. Je sais seulement qu’ils ont vécu en Belgique avant d’arriver à Annecy.

De toutes les familles qui vivaient « dehors », c’est celle dont le destin en France est le plus cruel. Edison, l’aîné, est autiste. A ce titre, il fréquentait une école spécialisée. C’est un petit garçon gentil, assez communicatif et, somme toute, heureux. Olta est une petite fille comme les autres. Même si je l’ai découvert ces derniers mois inquiète et très complexée de son retard scolaire. Aldin, c’est Aladin. Futé, souvent serviable et acrobate. Namilla a 5 ans. Elle est touchante. Elle parle facilement.

C’est elle qui m’a raconté le retour en avion. Je lui demandais si elle avait vu des nuages, elle m’a dit que oui, mais qu’elle avait vomi. Puis elle a ajouté « Tu sais ici, on n’a pas de maison ». Elle l’a dit simplement, sans emphase, sans particulièrement de tristesse. Comme si elle me disait : « Demain, c’est mon anniversaire » ou bien « Demain, on ira au lac ».

olta

En septembre, Olta fait ses devoirs dans le square devant la gare.

J’ai d’abord rencontré des enfants l’été dernier au square devant la gare. Olta avait pour projet avec Burim (un gamin qui vit chez les Roms : 6 ans à la rue) de faire une chorégraphie sur la Reine des neige, que je filmerai et que je mettrai dans le film. A cette occasion, j’ai parlé avec les parents, j’en ai su un peu plus sur leur vie. Ils ne dormaient pas vraiment dehors, mais dans une sorte de « cave », sans eau ni électricité, dont un homme – un arabe- par pitié leur avait donné la clef, à condition qu’ils ne l’occupent que la nuit.

Auparavant, ils avaient passé deux mois et demi au parking de la gare, puis se sont installés dans le fameux squat du «116 » : une vieille bâtisse en ruine, ouverte par des hommes isolés et dans un état de saleté repoussante. Il n’y avait ni toilette, ni eau. Je m’abstiendrai d’en faire ici une description précise, bien que les enfants m’en aient beaucoup parlé. Le 116 a été évacué par la police. Si bien que les enfants avaient déjà vécus le traumatisme d’une arrestation. Entre le parking, la maison en ruine et la cave, ils ont « survécu « comme cela deux ans et demi, avec l’accueil à l’école de Fins comme unique temps de repos. Un temps de repos relatif, puisqu’il fallait quitter les lieux chaque matin à 9 heures.

olta-family

Réveillon du 1er de l’an. La famille est à l’école des Fins depuis un mois et demi. Je leur ai bien sûr souhaité une bonne année. Eux aussi l’on fait.

Feta, la maman tenait son petit monde. Les enfants étaient toujours correctement habillés, propre autant que faire se peut. Elle insistait pour que les devoirs soient faits, même si elle n’était pas capable de les aider. Et les quatre enfants sont polis, serviables et ce qui n’est pas le cas de tous, savent dire « merci ».

Comme nous sommes amis sur Facebook, ils m’ont appelé samedi du Kosovo. Féta, après m’avoir rassurée, m’a demandé de l’aide. D’abord prévenir leur avocat, et puis si c’était possible, de leur envoyer un peu d’argent. Je sais par « la bande » que c’est une famille très pauvre. Il est peu probable que leurs proches aient les moyens de leur venir en aide. Ils sont pour l’instant chez des cousins. Mais d’après ce que me disaient Olta, ce n’était que pour quelques jours.

En temps normal, et dans un autre département cette famille aurait probablement été régularisée à titre « humanitaire », eut égard aux galères qu’ils ont vécus, et au handicap d’Edison.
Le préfet a voulu faire un exemple. En s’en prenant à eux il a voulu dire qu’il n’y ait pas d’humanité qui tienne. Je ne pense pas qu’il faille aider tous les gens qui sont renvoyés en Albanie, au Kosovo ou en Bosnie. Mais la situation de la famille Rexhepi est particulière. Ils n’ont jamais bénéficié d’un hébergement de type CADA, ou G. Bonnet. Après avoir vécu plus de deux ans et demi à la rue à Annecy, si nous ne les aidons pas – un peu – ils vont se retrouver dans la rue à Pristina.

Cette famille ne mérite pas cela. Et j’ai peur pour Olta qui va bientôt devenir jeune fille.


Merci à Manuela pour cette histoire.

Cette famille est arrivée à Pristina avec rien. Elle cherche 600 € pour ne pas avoir à dormir dans la rue. Si vous souhaitez aider, n’hésitez pas à faire un don à Lake Aid.

Lake Aid pot commun: www.lepotcommun.fr/pot/3wc8c4qu

Advertisements